Comme dans le primaire, lorsque j'étais collégien, j'étais assez turbulent. Mon plaisir était de divertir la classe par des boutades ou des jeux de
mots, voire parfois des grimaces et mimiques dans le dos de mes profs. Tout ceci m'a valu pas mal de punitions, de claques et autres coups de pieds aux fesses. C'est vrai qu'il y a de cela très
longtemps, c'était dans la nuit des temps de l'enseignement, la préhistoire de l'école, les années 60, bien avant Mai 68 et sa révolution. Mon père portait un uniforme (pas militaire … faut pas
rigoler), et pour ne rien arranger, il était ami avec le directeur du collège avec qui il s'entretenait régulièrement sur mes faits et gestes.
Un jour, j'ai commis une faute très grave: après avoir hérité d'une punition de 5 verbes à conjuguer à tous les temps et tous les modes, j'ai répondu
à mon prof de français que je n'exécuterais pas ces conjugaisons. J'ai eu droit à une superbe mandale devant tous (et toutes) mes camarades. Vexé, humilié, j'ai rapporté l'anecdote à mon père dès
mon arrivée à la maison, persuadé qu'il rendrait une visite de représailles au collège. Hélas, et c'est là ma faute, je n'avais pas évalué le "potentiel énergétique" de mon père qui, à la fin de
mon explication, exécuta sur mes joues un aller-retour et m'obligea à accomplir ma punition sur laquelle il mit un mot d'excuses destiné à mon prof. A dater de ce jour, tout s'est bien passé avec
mes enseignants, du moins aux yeux de ma famille. Je n'ai jamais plus évoqué les baffes, coups de règles et autres coups de pieds au fondement que j'ai pu recevoir, et ce, jusqu'à la fin de
ma scolarité.
Aujourd'hui, je dis merci à mon père, à mes profs et leurs manières de se faire obéir et d'enseigner. Grâce à eux, je suis devenu un homme
respectueux et respecté, qui n'a pas peur de prendre ses responsabilités et surtout qui assume chacun de ses actes.
Pourquoi je raconte tout ceci ?
Parce que je suis outré, écœuré, au bord du vomissement. Un enseignant en garde à vue 24 heures et qui va passer en correctionnelle pour une gifle
donnée à un merdeux qui l'avait insulté, c'est cela qui m'a outré. Ce qui m'a mis au bord du vomissement, c'est que le dépôt de plainte a été réalisé par un gendarme, certainement un de ces
militaires qui se prend pour un justicier, un de ces rouleurs de mécaniques qui se croit dans un western spaghetti genre "Il était une fois dans l'Ouest". Un tordu qui revêt son uniforme pour
aller sermonner le prof avant de lui envoyer les copains pour une mise en garde à vue : E C OE U R A N T !!!!!
Que va-t-il devenir, à l'âge adulte, cet enfant à qui le père donne raison contre un adulte enseignant ? Et même si le prof est dans son tors
vis-à-vis de la loi, qu'en est-il de l'insulte proférée par l'élève ?
Belle image donnée par un représentant de l'ordre qui cautionne les écarts de langage de sa progéniture à l'encontre d'un adulte au point d'envoyer
celui-ci au tribunal. C'est probablement ce même personnage qui utilise les mots les plus péjoratifs à l'encontre des maghrébins qu'il prétend mal élevés, en privé bien sûr, par peur d'une
assignation pour racisme.
Allez ! Courage ! Fuyons !… les responsabilités de parent, le cran d'affronter la vérité que pourrait nous révéler un enseignant sur l'enfant
qu'on ne sait pas éduquer. Donnons aux autres une délégation de pouvoir pour assurer ce que nous sommes incapables d'apporter en dehors du gîte et du couvert. On se contente d'élever les enfants
comme on élève de la volaille ou du bétail : mange, dors et fiche nous la paix. L'école pourvoira à ton éducation, nous on n'a pas le temps (ou la volonté) de le faire.
Pourtant, l'éducation commence à la maison, c'est là que l'on est censé apprendre au moins la politesse, le respect d'autrui et l'humilité au même
titre que la propreté ou l'hygiène.
Ne nous étonnons pas aujourd'hui des violences dans les écoles, dès l'instant où les enfants sont considérés comme des demi-dieux auxquels on fait
une confiance aveugle, ils ne peuvent qu'agir comme des personnes dominantes au détriment de leur entourage, persuadés de leur impunité parentale.
Ne nous étonnons pas si demain nos enfants chouchoutés, assistés, cocoonés, adorés s'avèrent incapables de se prendre en charge et d'assumer leur vie
seuls. Ils auront toujours le loisir de dire que leurs parents leur ont laissé une France pourrie … et ils auront certainement raison mais ça ne leur servira pas de tremplin pour autant.
Parents, en agissant ainsi avec vos enfants, vous fabriquez des handicapés de la vie. Seuls, ceux qui auront les moyens intellectuels et peut-être
financiers d'assurer une éducation à leurs descendants sauveront les leurs du naufrage qui se prépare pour quelques générations.
Le jour où on a introduit les parents dans l'école sous forme de conseils de parents d'élèves, on a mis le loup dans la bergerie, ce loup qui prend à
présent les enseignants pour des moutons.
Que fait papa ? Pas panique, papa nique … le prof.